Le zéro-phyto dans les communes comment s’y prendre ? Témoignage de la ville de Sissonne

Nous entendons de plus en plus parler du «zéro-phyto», notamment avec la réglementation en vigueur (Loi Labbé du 6/02/2014, Loi relative à la transition énergétique pour la croissance verte du 17/08/15 (article 68)). Cette démarche visant à préserver les ressources en eau et la biodiversité s’implante petit à petit sur les communes. En Hauts-de-France, elle a été initiée par les Agences de l’eau et le Conseil régional par le biais de la charte d’entretien des espaces publics dès 2009.

Sissonne, commune basée dans l’Aisne, est sensibilisée à cette démarche depuis 2014.
En 2015, avec la volonté de ses élus, elle adhère à cette charte.

«Nos pratiques ont changé depuis la nouvelle municipalité. Le nouveau Conseil Municipal a signé la charte d’entretien des espaces publics. C’est un engagement vertueux vers une démarche plus écologique qui contribuera à l’amélioration du cadre de vie de nos citoyens et de préservation de la santé de nos agents. Nous n’utilisons plus de produit phytosanitaire – y compris dans les cimetières – afin de préserver la biodiversité, protéger l’environnement et être exemplaire auprès de la population par cet acte citoyen.»
C. Decomble, chargé des Espaces Verts à la ville de Sissonne.

Pour arriver à palier aux charges d’entretien, la commune a modifié ses pratiques et s’est orientée vers la gestion différenciée. Cette gestion a pour objectif d’organiser le travail des agents en établissant une classification des espaces à entretenir. «Par le fait d’entretenir et d’aménager différemment les espaces verts, du temps a été dégagé pour désherber les endroits plus stratégiques, d’où la pratique d’une gestion différenciée.» explique C. Decomble, Chargé des Espaces Verts.

Des actions complémentaires pour réussir le passage au «Zéro phyto»

Sissonne, a entrepris diverses actions :

  • des aménagements: l’utilisation de plantes couvre-sol, le paillage des massifs, la mise en place de jachères fleuries
  • une gestion appropriée: le fauchage tardif qui nécessite qu’une intervention par an (fin août) et la tonte raisonnée qui permet de limiter la fréquence de passage de la tondeuse. 
  • l’achat de matériel spécifique: deux désherbeurs thermiques et un broyeur à végétaux, qui leur permettent d’être en «zéro-phyto» sur des sites à contraintes, comme le cimetière.  «Son entretien sans produit phytosanitaire nécessite un passage toutes les 3 semaines avec le désherbeur thermique (+ binette) par 3 agents. Pour l’année 2016, 16 bouteilles de gaz propane ont été consommées.»
    Une diversité de matériel existe mais il faut veiller à bien le choisir en fonction des contraintes et de la superficie du site.
  • des prestations de service: Au niveau de la voirie, un prestataire intervient à l’aide d’une balayeuse. Il effectue 5 passages/an.
  • la formation du personnel: qui est aussi un point important pour l’entretien des sites et la manipulation du matériel. 

Toutes ces démarches permettent à la commune de Sissonne d’avoir une gestion adaptée aux sites, tout en gagnant du temps d’entretien et en préservant la biodiversité. Elle a d’ailleurs reçu le 2ème prix de la biodiversité par rapport aux communes de sa catégorie.

Une communication dynamique, un gage de réussite

Ces démarches doivent être accompagnées d’une communication dynamique afin de sensibiliser et d‘impliquer les citoyens. «A chaque changement de méthode d’entretien d’un espace vert, un panneau explicatif y est installé, afin d’informer la population».
Le bulletin municipal sert, également, d’outil de communication. L’implication des habitants est importante pour la réussite des projets. Sur Sissonne, ils sont invités à jouer le jeu par le biais du fleurissement . «Un concours des maisons fleuries est organisé une fois par an par le Comité des fêtes en partenariat avec la Commune.»

«Dans l’ensemble, les gens comprennent cette démarche «Zéro phyto» et ce changement de méthode d’entretien de l’espace public. Une minorité de la population a du mal à accepter de voir quelques «mauvaises herbes»».

Pour mettre en place une gestion adaptée, la volonté des élus et des agents doit être de mise et s’accompagner d’une communication envers les usagers.

Mélodie Casanova, chargée d’étude en environnement à la FREDON de Picardie

Crédit photo : Christophe Decomble