[Témoignage] Les multiples intérêts du colza associé à des légumineuses gélives et avec une association pérenne

Un petit groupe d’agriculteurs s’est retrouvé le 2 novembre dernier à Montloué, commune située à l’Est du département de l’Aisne dans la petite région agricole du Porcien, sur une parcelle en colza associé du GAEC Gosset, exploitation en agriculture de conservation avec présence d’un élevage ovin. Ces agriculteurs font parti du réseau des fermes de références DEPHY Ecophyto et de Luz’Aisne Co, un groupe participant à un programme national CASDAR Luz’Co pour intégrer plus de légumineuses dans le système de culture.

Monsieur Gosset a semé un mélange gélif constitué de féveroles de printemps et de fénugrec et un mélange d’espèces pérennes, à savoir du trèfle blanc et de la luzerne à port étalé avec son colza.
Les graines de féveroles ont été semées dans un premier temps un peu plus profond que le reste des petites graines semées toutes en même temps lors d’un second passage.

L’agriculteur a choisi d’associer des légumineuses gélives à son colza pour de multiples intérêts. Ces intérêts sont démontrés par Terres Inovia suite aux résultats d’expérimentations et aux observations faites en grandes parcelles d’agriculteurs :

  • L’association contribue à limiter les dégâts d’insectes d’automne : associées au colza, les légumineuses, et notamment les féveroles qui vont perturber l’arrivée des insectes sur le colza, contribuent à réduire les dégâts de larves de charançon du bourgeon terminal et de grosse altise.
  • L’association améliore la nutrition azotée et le fonctionnement du colza : en se dégradant, les légumineuses restituent une partie de l’azote accumulé à l’automne. Les colzas associés présentent par ailleurs une meilleure efficience d’utilisation de l’azote issu de la fertilisation, qui est attribuée aujourd’hui à un meilleur enracinement.
  • L’association accroit la concurrence vis-à-vis des adventices : les légumineuses associées ont peu ou pas d’impact sur les levées d’adventices, mais contribuent à limiter leur développement du fait d’un supplément de production de biomasse et d’une complémentarité de port avec le colza.

En mélangeant également de la luzerne et du trèfle blanc à son colza, monsieur Gosset a constitué un couvert pérenne sous le colza, et ce pour produire un fourrage qui sera auto-consommé par sa troupe ovine après la récolte du colza. Cette technique a pour intérêt de laisser le temps aux légumineuses fourragères de s’enraciner pendant l’hiver et de finalement pouvoir exploser en végétation en profitant de la lumière et de la température après la récolte du colza.

Le couvert a également d’autres intérêts. Il limite l’enherbement durant l’interculture. Constitué de légumineuses, il a la capacité à s’associer avec des bactéries du sol fixant l’azote atmosphérique et ainsi être une source d’azote au niveau du système de culture.
Le couvert pérenne a pour vocation à être laissé en place pour la culture suivante. Un semis direct de blé est prévu à l’automne 2018 pour bénéficier des services rendus par ce couvert.

Si vous souhaitez vous lancer, il est nécessaire de faire des tests sur de petites surfaces car l’itinéraire technique par rapport à un colza seul doit être adapté (date de semis, mode d’implantation dans certaines situations, programme de désherbage, fertilisation, etc.).

Emilie NIVELLE MÉHÉE, Chambre d’agriculture de l’Aisne
Pour les réseaux de fermes DEPHY Ecophyto Hauts-de-France

Crédits photos Emilie Nivelle Méhée