Le réseau des Fermes DEPHY

La cellule d’animation nationale DEPHY présente la synthèse de 10 années de résultats du réseau DEPHY Ferme.

Dans cet article, seule la filière grande culture, polyculture élevage (GCPE) sera présenté. La synthèse présente aussi les résultats des autres filières, à savoir la viticulture, les légumes, l’arboriculture, l’horticulture ou les cultures tropicales.

Pour rappel, en 2023, 71 exploitations des Hauts-de-France sont engagées dans 6 réseaux DEPHY:

Concevoir des systèmes économes en produits phytosanitaires sur des cultures spécifiques à fortes valeurs ajoutées en Hauts-de-France

  • 10 exploitations
  • Zone : Béthunois et Pays d’Aire / Plaine de la Lys

La production intégrée en polyculture élevage

  • 12 exploitations
  • Zone : Partie ouest de la Somme

La production intégrée en système légumier de plein champ

  • 12 exploitations
  • Zones légumières Somme

Transition agroécologique et multi-performance en polyculture-élevage du Haut-Pays

  • 12 exploitations
  • Zone : Haut Pays

Recherche de méthodes alternatives au chimique en devenir pour gérer la pression adventice

  • 12 exploitations
  • Zone : Moitié nord de l’Aisne

Atteindre la certification HVE et/ou la conversion partielle en AB dans le Ternois par la re-conception du système de culture

  • 13 exploitations
  • Zone : secteur Ternois

Quelques éléments de contexte

Pour cette synthèse, 774 systèmes ont été étudiées:

  • 303 en grandes cultures – 165 pour les indicateurs économiques
  • 471 en polycultures élevage – 297 pour les indicateurs économiques

Les assolements étudiés comptent uniquement les terres labourables. Les surfaces en prairie permanente ne sont donc pas comprises. Les cultures majoritaires dans les systèmes GCPE comptent surtout des céréales à paille, du maïs, des prairies temporaires et du colza. La betterave, la pomme de terre ou le lin restent minoritaires.

L’évolution des IFT

Le premier élément marquant est la baisse de l’indicateur de fréquence de traitement (IFT) de 26% entre le départ de l’étude et la moyenne 2018/2019/2020 au niveau du réseau France.

Au vu des données présentées, on remarque que les agriculteurs du réseau ont une bonne capacité de remise en question de leurs pratiques. En effet, les systèmes non-économes comme économes en produits phytosanitaires ont réussi à réduire leur IFT global.

Lorsque l’on entre dans le détail, la réduction des traitements hors herbicides (-38%)  s’est opérée de manière plus rapide et importante. Alors que dans le même temps, l’IFT herbicide baisse de seulement 15%.

Les systèmes en polycultures élevages montrent plus de facilité à évoluer dans leurs pratiques

Avec des  IFT initiaux plus faibles qu’en grande culture, les agriculteurs en polyculture élevage ont réussi à réduire de 30% leurs IFT. Cette donnée peut s’expliquer par la possibilité qu’ont les éleveurs d’introduire des cultures pluriannuelles comme les prairies temporaires ou de la luzerne par exemple.

Les indicateurs économiques

 

Réduire les IFT est un élément important pour la préservation de notre santé et de l’environnement. Cela dit, les agriculteurs sont des chefs d’entreprises qui doivent vivre de leur métier. Ils doivent réaliser de véritables prouesses d’équilibriste entre diminution de leurs impacts sur l’environnement et efficacité économique.

La synthèse présente de manière très transparente l’évolution de la marge semi-nette. Celle-ci est en diminution de 10% (hors main-d’œuvre et aides PAC) sur la période observée. Les systèmes en polyculture-élevage (-9%) montrent une baisse plus faible que les systèmes grande culture (-12%).

La baisse des charges -7% est liée aux baisses d’utilisations de produits phytosanitaires et une diminution des charges de fertilisation (-13%uN/ha en moyenne). Quand dans le même temps, les produits ont également baissés de 9%.

Certes, ces résultats ne paraissent pas encourageants mais la comparaison avec le reste de la ferme France est nécessaire. En effet, il est constaté une baisse des performances des exploitations agricoles sur la même période étudiée. Entre -18%, pour le calcul à partir des données collectées de 2009 à 2013 et -3% pour les données collectées de 2014 à 2016.

De manière globale, les systèmes qui réduisent leurs IFT sont ceux qui ont le mieux réussi à limiter la baisse de la marge semi-nette (hors AB ou en conversion).

Enfin, la réduction des IFT ne génère pas systématiquement une augmentation du temps de travail:

  • hausse de 3% pour les systèmes dont l’IFT augmente
  • hausse de 7% pour les systèmes dont l’IFT est stable
  • baisse de 5% pour les systèmes dont l’IFT diminue

Les leviers efficaces

On constate que certains leviers se recroisent mais la synthèse présente les données par leviers mis en place par type de ravageurs.

Ce qui fonctionne pour les fermes DEPHY correspond à ce qui est recommandé par les instituts techniques et les chambres d’agriculture au niveau national comme régional.

L’alternance des cultures de printemps, d’hiver et l’allongement de la rotation restent les leviers les plus efficaces pour gérer les adventices. Le désherbage mécanique ou mixte et l’adaptation de la date de semis sont également efficaces.

Le choix ou le mélange variétal (qui est plutôt plébiscité dans les systèmes polycultures élevage) sont les premiers leviers utilisés pour diminuer la pression maladies. L’optimisation de la pulvérisation ou l’utilisation d’OAD revient aussi régulièrement.

Enfin, la gestion des résidus, le mélange d’espèces, les cultures pièges ou encore les traitements localisés sont des leviers qui font leurs preuves face aux insectes ravageurs.

Attention, il faut bien prendre en compte que ces leviers ne sont pas arrêtés. Ceux-ci peuvent encore évoluer dans le temps en fonction de l’évolution des ravageurs (changements climatiques, nouvelles souches de maladies) et l’évolution génétique ou encore technologique.

En conclusion, cette synthèse offre en premier lieu des données importantes et fiables pour montrer que l’accompagnement, la mise en commun avec des pairs et la formation sont de vrais leviers pour réduire l’usage des produits phytosanitaires.

Aussi, on peut dire que dans des contextes économiques avec des fluctuations marquées, les systèmes qui diminuent leur IFT sont en général plus résilient. Les agriculteurs engagés dans DEPHY ferme sont donc inspirant face à un contexte de réchauffement climatique et de diminution d’offre en produits phytosanitaires.

Vous pouvez retrouver la synthèse globale sur la page EcophytoPIC.